tgv

Philippe Duron ne voulait pas croire au TGV en Basse-Normandie. En 2008, le toujours président de région, candidat à la mairie de Caen, dressait ce constat sans détours : "Nous n'aurons pas dans notre région de TGV au sens propre du terme". Et ses arguments sont convaincants : le bassin de population bas-normand n'est pas suffisamment important pour remplir une rame toutes les heures au départ de Saint Lazare. Pas assez viable commercialement. Sans compter que cette ligne Paris-Caen-Cherbourg, pourtant l'une des plus rentables de France dans son exploitation actuelle, se terminerait en cul-de-sac. Autre repoussoir commercial. Alors à moins de construire un second tunnel sous la Manche au départ de Cherbourg, on pouvait toujours rêver...

Depuis, et sans mauvais jeu de mots, les choses se sont accélérées à très grande vitesse. De fil en aiguille, l'idée d'un TGV normand a refait son chemin. C'est d'abord le Grenelle de l'Environnement qui donne un coup de pouce au destin en prévoyant la construction de 2 000 kilomètres de voies ferrées supplémentaires d'ici 2020. C'est ensuite le coup de tonnerre du projet de Grand Paris présenté par Nicolas Sarkozy en juin 2009 et qui consiste à développer la capitale par l'ouest dans l'axe de de la Seine. Pierre angulaire de ce projet : une ligne à grande vitesse qui relierait la capitale au Havre. C'est alors la mobilisation générale parmi les élus bas-normands pour ne pas être les "oubliés de l'histoire".

La mobilisation porte ses fruits : l'été dernier, de passage au Havre, Nicolas Sarkozy estime que ce projet de Ligne Grande Vitesse Normandie devra profiter aux 2 régions : Haute et Basse Normandie. Le projet d'une LGV Normandie, inscrit au schéma directeur au début des années 90, puis enterré au début des années 2000, est à nouveau relancé. Le 15 octobre dernier, le premier comité de pilotage de cette LGV normande se réunit à Paris. Projet_LGV_NormandieLes orientations présidentielles sont confirmées : une ligne en forme de fourche avec un tronçon commun en région parisienne, puis 2 branches : l'une en direction de Rouen-Le Havre, l'autre vers Caen et Cherbourg.

Concrètement, quest-ce que cela va changer ? La Région et l'Etat se sont déjà engagés à moderniser le réseau ferré existant à l'hoizon 2015. Dans 5 ans, un Caen-Paris se fera en une heure et demie (contre 1h45 à 2h actuellement) et un Cherbourg-Paris en 2h30. La Région va investir 400 millions d'euros dans cette première étape. L'arrivée d'un TGV vers un horizon encore un peu plus lointain (2017 ? 2020 ?) fera encore gagner du temps sur ce trajet. Caen serait alors à environ une heure de la capitale. Mais un TGV serait surtout un signal fort pour les investisseurs, plus enclins à se tourner vers l'Est ou le Sud de la France qui bénéficient déjà de telles infrastructures.

De manière générale, cette ligne pourrait aussi se concevoir comme la colonne vertébrale d'une prochaine réunification normande. Mais les récentes dissensions entre les élus bas-normands et le maire du Havre, Antoine Rufenacht, montrent bien que tout reste encore à faire en matière d'entente cordiale. Clairement, les 2 projets, TGV et unification normande, semblent inexorablement liés, porté par un projet de Grand Paris qui fait pourtant la part belle à la Haute Normandie. Or, pour l'instant, ce projet n'est que couché sur le papier. On sait qu'il coûtera cher. On sait aussi qu'il est une volonté présidentielle et qu'il peut donc très bien être remis en question par un changement de majorité en 2012.