Sortie ce mercredi 16 novembre du nouveau film de Mathieu Kassovitz "L'ordre et la morale" dans lequel il tient le rôle du capitaine Philippe Legorjus, patron du GIGN au moment de l'assaut de la grotte d'Ouvéa en 1988.

L'ordre et la moraleC'est une histoire que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître. En revanche, pour ceux ayant vécu les années 80, Ouvéa reste comme un nom étrangement familier. Le nom d'une petite île de Nouvelle-Calédonie où la raison d'état a supplanté toutes les autres un matin du mois de mai 88. Ce jour-là, les forces du GIGN et de l'armée de terre donnent l'assaut contre un groupe d'indépendantistes kanaks retranchés depuis plusieurs jours dans une grotte avec une vingtaine de gendarmes en otages. L'opération est difficile au milieu de la forêt tropicale. Elle se soldera par le sauvetage de tous les captifs mais également par un carnage. 19 morts parmi les kanaks. Un bilan que l'on se presse d'oublier à 3 jours du second tour de l'élection présidentielle qui verra la réélection de François Mitterrand. Il est vrai que, dans le même temps, la libération des otages français au Liban avait quasiment éclipsé l'assaut sanglant.

Qu'est-ce qui a bien pu piquer Mathieu Kassovitz pour exhumer ce fait divers vieux de plus de 20 ans et en faire le thème principal de son nouveau film ? Un mélange détonnant, peut-être. D'un côté, un scénario angoissant de compte-à-rebours en lieu clos avec tous les ingrédients de suspense et de tension qu'il recèle. Et de l'autre, un thriller politique qui se greffe sur cette histoire à la faveur des joutes que se livraient alors François Mitterrand et Jacques Chirac pour tirer la couverture à soi et être celui qui remporterait la course à l'échalote présidentielle.

Le film est une réussite. Pendant 2h15, il emprunte avec brio l'héritage des films américains sur le Vietnam. Les hélicoptères survolant l'atoll d'Ouvéa font irrémédiablement penser à Apocalypse Now. Les tambours et les percussions qui rythment le compte-à-rebours replongent dans l'ambiance de Full Metal Jacket. Et la caméra de Kassovitz se ballade dans la jungle calédonienne aussi habilement que celle de Malick sur l'île de Guadalcanal dans La Ligne Rouge. Mais au-delà de toutes ces références, L'Ordre Et La Morale a son ton propre. Il ressuscite le cinéma politique, oublié depuis Costa-Gavras, par le truchement d'un fait divers éclairant, comme l'avait déjà un peu fait Xavier Beauvois il y a un an.

Philippe LegorjusEnfin, il y a ce personnage central à travers lequel le spectateur vit l'histoire. Ce personnage, c'est le capitaine Philippe Legorjus, patron du GIGN en 1988. Ce Caennais pure souche avait 36 ans à l'époque des faits. Un temps fait otage par le groupe d'indépendantistes, il a pu parlementer avec leur chef, Alphonse Dianou, avec lequel il a su tisser une relation humaine sur des fondamentaux réciproques. Une relation qui aurait pu conduire à une issue pacifique. L'histoire en a décidé autrement. Dès 1990 dans un livre intitulé "La morale et l'action", Philippe Legorjus a tenu à exprimer sa vision des faits, en désaccord avec celle des responsables politiques de l'époque, à commencer par le ministre des DOM-TOM, Bernard Pons. Oui, l'affaire d'Ouvéa a été victime des enjeux de pouvoir et d'un climat de tension politique chauffé à blanc par la campagne électorale. Oui, les négociations menées pendant 2 semaines avec les indépendantistes ont été négligées. Et si Mathieu Kassovitz interprète le personnage de Philippe Legorjus avec sans doute un excès d'idéalisme, au moins a-t-il le mérite de signer un film qui exprime un point de vue tranché et qui a le courage d'aller jusqu'au bout de sa démarche.

Philippe Legorjus était de passage lundi soir à l'UGC de Mondeville pour accompagner la sortie du film. L'occasion de revenir avec lui sur ce qu'il pense de ce long-métrage qui le met en scène et sur sa vision de l'affaire d'Ouvéa, 23 ans après les faits...

Ecoutez Philippe Legorjus :