Le 8 mars 1991, Michel d'Ornano décédait brutalement dans un accident de la circulation à Saint-Cloud, près de Paris. 

Michel_d_Ornano

Tout nouvel arrivant dans le Calvados perçoit immédiatement l'importance du personnage. Rien que dans la seule agglomération caennaise, le principal stade de football, la halle d'athlétisme de Mondeville ou encore le grand parc situé près de l'Abbaye aux Dames portent tous le nom de Michel d'Ornano. Ailleurs, ce sont des rues, des avenues, comme à Falaise, Cabourg, Villers sur mer et puis bien sûr à Deauville, ville dont il fut le maire pendant 15 ans. Par son action politique, il reste encore aujourd'hui l'un des symboles de l'histoire contemporaine du Calvados. Ne fût-il pas surnommé le "Duc de Normandie" en référence à une autre grande figure historique normande ?

Pourtant, le comte Michel d'Ornano n'était pas normand. Il ne l'a jamais caché. Natif de Paris, il est même arrivé en Normandie un peu par hasard, en héritant à la mort de sa mère d'une maison à Deauville. Quelques années plus tard, le maire Robert Fossorier meurt brutalement et les Deauvillais d'alors, soucieux de porter un Parisien à la tête de leur commune, se choisissent Michel d'Ornano comme nouvel édile. C'est le début de sa carrière politique qui va durer près de 30 ans.

La politique n'a jamais été un hasard chez l'ancien maire de Deauville. Il est tombé dedans quand il était petit. Son père, Guillaume D'ornano, fut élu maire d'un petit village de l'Indre le jour de sa naissance. Il échouera à 2 reprises aux élections législatives, mais ses campagnes électorales donnent le goût de l'engagement au jeune Michel. Elève du philosophe Merleau-Ponty au lycée Carnot, Michel d'Ornano ne poursuit pas de longues études et préfère s'engager très vite dans la vie active. Il connaît un certain succès dans l'industrie du parfum, puis arrive donc son premier mandat de maire en 1962 et, 5 ans plus tard, en 1967, son élection au Palais-Bourbon. Il ne le quittera plus jusqu'à sa mort.

Mais le nom de Michel d'Ornano reste avant tout indissociablement lié à celui de Valéry Giscard d'Estaing. Au cours des années 60 et 70, les 2 hommes bâtissent ensemble la famille politique centriste , d'abord en fondant les Républicains Indépendants en 1966 puis l'UDF en 1978. Valéry Giscard d'Estaing ne sera jamais ingrat vis-à-vis de celui qui fut l'un des artisans de sa victoire à l'élection présidentielle : Michel d'Ornano sera de tous les gouvernements de son septennat, d'abord comme ministre de l'Industrie jusqu'en 1977, puis comme ministre de l'Environnement jusqu'en 1981.

C'est lors de ses passages successifs sous les ors de la République que Michel d'Ornano obtiendra de véritables trophées pour la Basse-Normandie : l'implantation du Grand Accélérateur National d'Ions Lourds (GANIL) à Caen, la desserte Paris-Caen-Cherbourg en turbotrain, la construction de l'A13 entre Paris et la Normandie, et l'on pourrait même ajouter la création du Festival du Film Américain de Deauville en 1975.

Les années 80 seront plus difficiles. Relégué dans l'opposition après la victoire de François Mitterrand, il ne retrouvera pas de place dans le premier gouvernement de cohabitation en 1986. Et pour cause : le Premier Ministre Jacques Chirac est alors l'un de ses meilleurs ennemis, celui qui lui barra la route d'une victoire quasi-certaine aux élections municipales de Paris en 1977. Michel d'Ornano préfère alors se replier dans ses terres électorales : il laisse la mairie de Deauville à sa femme, Anne d'Ornano, mais devient dans le même temps président du conseil général du Calvados à partir de 1979 puis président du conseil régional de Basse-Normandie entre 1983 et 1986.

Au début des années 90, il confie justement à sa femme vouloir abandonner son rôle de président du département. Il se tourne alors vers le monde de la presse et monte avec Robert Hersant un projet à destination des nouveaux pays libérés de l'Europe de l'Est. C'est justement avec Robert Hersant qu'il avait rendez-vous ce funeste 8 mars 1991 dans le café "Le Cloud de coeur" à Saint-Cloud, quand le destin le frappa brutalement. Renversé par une camionnette, Michel d'Ornano décède à l'âge de 66 ans. Ironie du sort que cette mort au sortir d'un café pour un homme qui confessait volontiers ne jamais boire une goutte d'alcool. Il lui arrivait même de rappeler avec le sourire sa campagne législative victorieuse de 1967 où il avait triomphé dans le Calvados en clamant haut et fort sa réputation de sobriété : "Vous ne me verrez pas souvent dans les baAnne_d_Ornanonquets mais je travaillerai".

Aujourd'hui, le consensus autour de sa personnalité et de ce qu'il a pu apporter au Calvados est quasi-total, même si les années passant, sa femme, qui lui a succédé à la tête du conseil général en 1991, essuie aujourd'hui les critiques liées à un long exercice du pouvoir par la famille d'Ornano depuis plus de 30 ans. En ce jour du 20ème anniversaire de la mort de Michel d'Ornano, il nous semblait intéressant de revenir avec elle sur l'image de l'homme politique, sur son héritage mais également sur sa propre gouvernance qui se terminera à la fin de ce mois de mars quand elle passera la main à l'issue des élections cantonales.

Ecoutez Anne d'Ornano :