Riva_BellaLe réalisateur de "Tandem", "Ridicule" ou du "Mari de la coiffeuse" signe un roman qui vagabonde entre Ouistreham, Arromanches et Granville.

Il est déjà arrivé à un romancier d'avoir l'envie subite de délaisser sa plume pour s'emparer d'une caméra, mais plus rarement qu'un cinéaste ne décide de déserter les plateaux de tournage pour s'essayer à la littérature. Chez Patrice Leconte, il s'agit d'une récidive. Il y a 2 ans, il avait déjà publié un premier roman, "Les femmes aux cheveux courts", lequel n'était d'ailleurs pas son premier essai d'écrivain puisqu'en 1998, il avait sorti un iconoclaste livre de mémoires, drôle et primesautier, intitulé "Je suis un imposteur".

De mémoires, il n'en est pas vraiment question dans "Riva Bella", même si l'action du livre se déroule dans des lieux que Patrice Leconte connaît très bien puisqu'une grande partie de sa famille est originaire de Caen et que le petit Patrice a passé d'innombrables vacances d'été sur le littoral de la Côte de Nacre entre Luc-sur-mer et Ouistreham. Mais l'aspect biographique s'arrête là et n'allez surtout pas voir une sorte de catharsis psychologique dans les méandres narratifs de cet artiste de music-hall cocufié, laissé en plan au beau milieu de la chambre 624 du Grand-Hôtel de Riva Bella.

Tony Garbo est prestidigitateur. Il court les casinos et les salles de spectacles pour présenter un numéro magique de haut vol en compagnie de sa femme, Suzy. Jusqu'au jour où celle-ci, lassée par la banalité des années de mariage qui s'égrènent, se laisse séduire par le premier venu, un musicien de bal populaire au look vaguement argentin qui s'avérera finalement natif de Tourcoing. Tony Garbo se retrouve seul, il perd même sa fille, kidnappée par ses beaux-parents, et doit malgré tout continuer sa magique tournée le long de la côte normande, noyant autant son chagrin dans la vodka que dans le sexe. Patrice_Leconte

Pour enfoncer une porte largement ouverte sur la mer, "Riva Bella" se lit un peu comme l'on regarderait un film de Patrice Leconte. On y retrouve ce même mélange d'ironie, d'humour et de mélancolie, l'impression que les plus grands drames de notre vie ne doivent pas nous casser mais, bien au contraire, être la naissance d'autre chose. C'est donc plutôt à sourire qu'il faut s'attendre en lisant "Riva Bella", plutôt qu'à être transporté par les passions rosseliniennes d'un voyage en Italie.

De tout ceci, de sa passion de raconter des histoires, de ses souvenirs de vacances sur la plage "démodée" de Riva-Bella, de son style littéraire, de l'infidélité féminine et des cabines de plage de Ouistreham, Patrice Leconte nous a parlé pendant ce petit quart d'heure de rencontre pour les auditeurs de Nostalgie Caen :

"Riva Bella" de Patrice Leconte, Editions Albin Michel, 208 pages, 15€.