OTZSi vous aviez prévu de venir écouter ce samedi les chants komei de Okna Tsahan Zam dans les foyers du Théâtre de Caen, c'est raté. Le musicien ne viendra pas. Sa demande de visa a été refusée par le consulat de France à Moscou, sans justification précise. En Kalmoukie, petite république méconnue des bords de la Mer Caspienne, Okna Tsahan Zam est pourtant une star nationale. Mais ça n'a pas suffi à convaincre les autorités diplomatiques pour le laisser accéder au territoire français.

L'histoire de ce rendez-vous manqué est loin d'être anodine. Elle illustre un réel problème rencontré aujourd'hui par tous les organisateurs de spectacles ou de festivals : faire venir des artistes étrangers en France. Ceux en provenance d'Afrique ou d'Asie seraient les plus concernés. Dans les ambassades françaises, les directives du ministère de l'Immigration semblent avoir pris le pas sur celles du ministère de la Culture. Et Frédéric Mitterrand a beau avoir promis étudier la question lors du Printemps de Bourges l'an passé, le monde culturel ne voit rien changer de ce côté-là : parcours du combattant pour réclamer des visas, non remboursement des papiers, incertitude jusqu'à la dernière minute de la venue des artistes...


A Caen, l'affaire Okna Tsahan Zam est la goutte d'eau qui fait déborder le vase. Jamais, jusqu'à présent, on avait refusé l'accès au territoire français d'un artiste de cet ampleur, considéré dans son pays comme un poète national. La barrière est désormais franchie ? Jusqu'où ? Si la situation devait perdurer, elle mettrait considérablement en difficulté les circuits de production et de distribution artistiqued des musiques du monde en France. Certains festivals seraient également menacés. Moins visible que la polémique autour des Roms, ce dossier de l'accueil des artistes étrangers pose pourtant une question cruciale sur ce que la France veut montrer d'elle aujourd'hui. Histoire que les vieux principes de "Droits de l'Homme" et "d'exception culturelle" ne soit pas rangés dans le placard du protectionnisme à tout crin.

Ecoutez Jean-Claude Lemenuel, directeur de l'association Archipels, Maison des Arts et Cultures du Monde en Normandie :