Indésirable. Le groupe Sexion d'Assaut ne passera pas par le Cargo de Caen jeudi soir comme c'était prévu. A l'instar de villes comme Angers, Brest ou Saint Etienne, la représentation a finalement été annulée en raison des propos résolument homophobes tenus récemment par l'un des rappeurs.

On peut être rappeur et ignorer le sens des mots. Lefa, l'un des membres du groupe Sexion d'Assaut le confesse bien volontiers : il ne savait pas ce que voulait dire le terme "homophobe" lorsque dans une interview donnée au magazine International Hip Hop en juin dernier, il déclarait que son groupe était à 100% homophobe et qu'il le revendiquait. Ignorant du vocabulaire mais pas de l'esprit puisqu'il laissait transpirer peu ou prou à travers sa réponse que le fait d'être homosexuel pour lui était une "déviance qui n'est pas tolérable".

sexion_dassaut_bigComme dans toute bonne polémique, les propos sont d'abord passés inaperçus. La torpeur estivale est tombée dessus. Mais à la rentrée, la centrifugeuse des médias s'est mise en marche et a carrément explosé à la veille de la tournée nationale des Sexion d’Assaut. Depuis, les annulations de concert se succèdent. Malgré leur fulgurant succès, avec notamment le prémonitoire tube "Désolé", il ne fait plus très bon se montrer aux côtés de ces rappeurs qui, en plus d'avoir des propos intolérables, bredouillent des excuses maladroites. On est même allés jusqu'à rechercher des propos d'une chanson qui ne figure plus à leur répertoire, intitulée "On t'a humilié", et dans laquelle il est question d'émasculer et d'assassiner les homosexuels. On vous passera les détails. Les paroles datent de 2006. Il y a 4 ans.

Alors pourquoi cette soudaine polémique alors que les faits ne sont pas nouveaux ? N’aurait-on pas pu se réveiller plus tôt ? D'Eminem à Sexion d'Assaut en passant par Krys, il n'a jamais été avéré que les rappeurs soient l'ami du genre gay. Mauvais genre pour leur public, pensent-ils. Et pourtant, on pourrait se demander si l'homophobie ne réside pas justement là, dans le fait de déclarer, pour prendre l’exemple de Sexion d'Assaut, que l'homosexualité est un sujet qui ne les concerne pas car elle n'existe pas dans les banlieues. Alors même que c'est précisément dans ces banlieues que certains jeunes en crèvent, sous l'oppression du tabou. La question aurait bien mérité un débat. Il n’aura pas lieu à Caen.cargo

Prudent, le Cargo a préféré annuler le concert de jeudi. Les risques de troubles à l’ordre public étaient trop importants. La préfecture aurait de toutes façons prit les devants. On peut toutefois reconnaître à l’association « Art Attacks » (qui gère le Cargo) d’avoir, dans un premier temps, repoussé la décision d’une annulation pure et simple et proposé au groupe de venir rencontrer des associations gays oeuvrant sur Caen. Le tableau eut été pittoresque mais il avait le mérite d’ouvrir le dialogue.

D’autres conditions avaient été posées comme l’excuse publique sur scène avant le concert ou encore le remboursement des places aux spectateurs qui le souhaitaient. Certaines villes de la tournée, Caen exclue, avaient même demandé que les rappeurs reversent leur cachet de la soirée à des associations LGBT (Lesbian Gay Bi Trans) locales. L’humiliation allait un peu loin.

Il reste qu’au-delà des propos évidemment condamnables, au-delà des maladresses et des rappels à l’ordre, cette polémique pose la question des limites à la liberté d’expression et surtout du vivre-ensemble. Ne serait-ce que parce que les Sexion d’Assaut parlent avant tout aux jeunes générations et qu’il est leur est interdit de délivrer ce genre de message outrancier et nauséabond.

Comment ont réagi les associations gays caennaises à cette polémique ? Ecoutez Loïc Frossard, de l’association « Melting Pomme », et membre de la Maison des Diversités à Caen :